https://www.traditionrolex.com/18 La Gauche Cactus http://www.la-gauche-cactus.fr/SPIP/ fr SPIP - www.spip.net (Sarka-SPIP) Le sexe, la viande et Sandrine Rousseau : quelques déboires du féminisme petit-bourgeois http://la-gauche-cactus.fr/SPIP/spip.php?article2844 http://la-gauche-cactus.fr/SPIP/spip.php?article2844 2023-04-03T13:16:00Z text/html fr Salomé B. <p>Le sexe, la viande et Sandrine Rousseau : quelques déboires du féminisme petit-bourgeois. Autre souvenir récent, le « buzz » créé par l'élue écolo Sandrine Rousseau, qui voulait qu'« une entrecôte cuite sur un barbecue ne soit plus un symbole de virilité  ». Ce qui inspira une réponse calibrée et équilibrée de Salomé B que nous partageons et reproduisons</p> - <a href="http://la-gauche-cactus.fr/SPIP/spip.php?rubrique16" rel="directory">Féminismes et Genres</a> <div class='rss_texte'><p>Il aura été difficile d'échapper au brillant débat d'idées qui secoue la rentrée. Lors d'une table ronde organisée aux universités d'été d'Europe Écologie les Verts, Sandrine Rousseau, tête de file de la branche gauchiste de son parti, déclare : «  Il faut changer de mentalité pour que manger une entrecôte cuite sur un barbecue ne soit plus un symbole de virilité  ».</p> <p>Polémique, tollé : la sentence est reprise sur les pages internet de tous les grands médias français. Julien Bayou, chef d'EELV, se fend d'une déclaration pour soutenir la députée, Clémentine Autain (LFI) renchérit sur la nécessité de s'attaquer au virilisme pour «  changer les mentalités  ». Sur les réseaux sociaux, le camp réactionnaire se délecte : de la droite extrême à l'extrême droite, les mots doux s'enchainent contre le spectre d'un féministe «  extrémiste  » et «  grotesque  ».</p> <p>Alors même que la rentrée sociale annonce d'ores et déjà son lot de misère et de difficulté, il est difficile de ne pas soupirer face à la superficialité de tels échanges. Encore une fois le règne du fait divers écarte du débat public la concrétude du froid et du manque qui s'apprête à toucher une population toujours plus large. Aux étudiants qui campent dans les campings municipaux faute de logement, aux familles qui ne pourront assumer le triplement de leur facture d'électricité, aux lycéens privés de professeur, l'espace médiatique n'a encore une fois rien d'autre à offrir que la diversion.</p> <p><strong>Une réelle division genrée du travail</strong></p> <p>Pourtant, Sandrine Rousseau ne fantasme pas une situation imaginaire. La réalité étudiée sous le prisme de la statistique nous montre que les femmes consomment moins de viande que les hommes et qu'elles sont plus nombreuses à faire le choix du végétarisme.</p> <p>L'analyse du partage du travail domestique pointe que si les femmes leur consacrent une partie infiniment supérieure de leur temps que les hommes, les tâches que ces derniers effectuent sont également conditionnées à des critères de sexe. Il est facile d'imaginer la signification de ces données tant elles appartiennent à l'expérience vécue : aux hommes le bricolage, aux femmes la vaisselle.</p> <p>Nous pouvons complexifier l'analyse en expliquant que le monde social ne produit pas des tâches exclusivement réservées aux femmes ou aux hommes, mais plutôt des rapports sociaux spécifiques qui divisent le travail selon le sexe. L'exemple de la cuisine est particulièrement parlant : dans un cadre familial les femmes sont beaucoup plus nombreuses à assurer les repas quotidiens, pourtant elles sont très rares dans les cuisines des restaurants étoilés.</p> <p>Les femmes exercent les tâches dévalorisées et peu reconnues dans l'espace social tandis que leurs pendants sont majoritairement pris en charge par les hommes. Ainsi, ils auront plus tendance à cuisiner dans un cadre domestique à l'occasion d'un dîner organisé ou d'une fête. Le barbecue appartient à cet univers masculin de tâches domestiques épisodiquement «  effectuables  ». De l'autre côté de la division genrée du travail, les femmes cuisinent les légumes, mettent la table, lavent la vaisselle, accueillent les invités, s'assurent du bon déroulé du repas.</p> <p><strong>Ne passons pas à côté du problème</strong></p> <p>Alors, Sandrine Rousseau a-t-elle raison  ? Oui et non. Le fait que les hommes soient plus nombreux derrière un barbecue qu'un aspirateur est indiscutable. Mais son analyse politique passe à côté du véritable problème. Dans la droite lignée de ses récentes propositions en matière de lutte contre le patriarcat, elle se concentre sur un «  imaginaire  » qu'il faudrait «  déviriliser  ». Il s'agirait alors de déconstruire les têtes façonnées par des siècles de patriarcat, en faisant du barbecue un symbole dégenré. Le lien avec la réalité quotidienne et la pratique politique est ici bien distendu. Lorsqu'on prétend s'attaquer à des symboles et des abstractions supposées agir sur le monde, on finit rapidement par brasser du vent. Lutter pour l'émancipation totale des femmes dans l'espace domestique exige de détourner sa lance des moulins. Attaquons-nous à la place des femmes dans le monde du travail, au sein de l'emploi capitaliste, mais également au foyer. Seule une action sur la vie concrète des femmes pourra transformer leurs existences dans l'espace domestique et abolir la division genrée du travail. Il s'agit de revendiquer la fin de l'orientation subie, une plus grande mobilisation contre les discriminations et les violences au travail, une véritable égalité des salaires et la fin des emplois précaires, une lutte systématique contre toutes les formes de violences sexistes. Cette lutte est plus ardue, car elle s'ancre dans un quotidien qui souvent nous échappe. Mais c'est justement cette réalité qui la rend opérante et transformatrice. Ces combats participeront peut-être à inventer une manière de manger durable saine et festive accessible à toutes et tous. Nous pourrons alors ranger nos torchons pour nous écharper, nous aussi, autour du barbecue (« utiliser un brûleur, c'est de la triche ! »). D'ici là, espérons ne pas avoir à le ressortir pour nous réchauffer cet hiver… <i>Article publié dans Avant-Gard, journal du Mouvement des jeunes communistes ( <a href="https://www.lavantgarde.fr/" class='spip_url spip_out' rel='nofollow external'>https://www.lavantgarde.fr</a>) </i></p></div> A lire : De Mai 68 au Mouvement de Libération des Femmes (MLF) http://la-gauche-cactus.fr/SPIP/spip.php?article2821 http://la-gauche-cactus.fr/SPIP/spip.php?article2821 2022-12-25T14:23:51Z text/html fr Marie-José Salmon et Monique Dental <p>Monique Dental et Marie-Josée Salmon, animatrices du Collectif Ruptures, nous proposent une rétrospective d'une cinquantaine d'années de luttes féministes, en notent aussi bien les progrès que le difficultés et en esquissent un bilan. Instructif !</p> - <a href="http://la-gauche-cactus.fr/SPIP/spip.php?rubrique16" rel="directory">Féminismes et Genres</a> <div class='rss_texte'><p>Nous avons le plaisir de vous annoncer la publication de : « De Mai 68 au Mouvement de Libération des Femmes (MLF) » sous la direction de Monique Dental et Marie-Josée Salmon aux Editions du Croquant. Il est issu des trois tables rondes organisées en mai 2008 par le Réseau Féministe « Ruptures » (1968 : La prise de conscience : des féministes à l'œuvre ; 1970-1980 : La révolution féministe et ses conquêtes ; 2008 : 40 ans après. Quel héritage ? Quelles transmissions générationnelles ? Pour quels engagements féministes ?)</p> <p>A travers des témoignages et des analyses, ce livre nous fait vivre – ou revivre – l'avènement et l'essor du Mouvement de Libération des Femmes (MLF). Mai 68, en effet, a été la brèche par laquelle le mouvement féministe a ressurgi, contestataire, joyeux, mais aussi constructif. Pour autant, cette brèche ne s'est pas refermée : en irriguant la société, il a contraint les partis politiques et les syndicats à le prendre en compte. Une histoire souvent houleuse faite d'avancées et de reculs. Ce qu'on appelle les acquis du féminisme sont le résultat de luttes opiniâtres et c'est pourquoi il importait de mettre en valeur les actrices souvent oubliées ou effacées de l'histoire. En mai 68, en opérant une « révolution » dans la révolution, elles se constituent comme sujets en partant de leur vécu. Plus tard, les féminismes diront dans les manifestations : le féminisme a changé ma vie. Il apparait clairement que le mouvement féministe n'a rien de monolithique, qu'il se caractérise par la diversité des parcours de ses militantes et par la pluralité des courants.</p> <p>Nous avons aussi souhaité marquer l'évolution du mouvement féministe : ses avancées, ses reculs, ses stagnations. Parfois on le croit mort et il ressurgit quand on ne s'y attend pas, comme aujourd'hui où il revit avec MeToo. Connaître le passé éclaire le présent pour mieux penser l'avenir.</p> <p><i>Vous pouvez vous le procurer en librairie ou le commander auprès de nous en adressant un chèque de 12.- euros + frais de port 4.- euros, soit un total de 16.- euros, à l'ordre du Réseau Féministe "Ruptures" et l'envoyer à l'adresse suivante : Réseau Féministe "Ruptures" 38 rue Polonceau 75018 Paris. </i></p></div> Violences contre les femmes : Darmanin ment http://la-gauche-cactus.fr/SPIP/spip.php?article2741 http://la-gauche-cactus.fr/SPIP/spip.php?article2741 2022-02-17T02:11:00Z text/html fr Fatima Benomar <p>« Aujourd'hui, les femmes psychologiquement ou physiquement atteintes par leur compagnon déposent plainte systématiquement, systématiquement il y a désormais des gardes à vue, systématiquement il y a des poursuites judiciaires » (Gérard Darmanin). Fatima Benomar, militante féministe, nous prouve qu'il ment</p> - <a href="http://la-gauche-cactus.fr/SPIP/spip.php?rubrique16" rel="directory">Féminismes et Genres</a> <div class='rss_texte'><p>« Aujourd'hui, les femmes psychologiquement ou physiquement atteintes par leur compagnon déposent plainte systématiquement, systématiquement il y a désormais des gardes à vue, systématiquement il y a des poursuites judiciaires » (Gérard Darmanin).</p> <p><strong>En 2020, il aura fallu que les propos racistes de plusieurs policiers soient enregistrés ou publiés </strong> sur les réseaux sociaux pour que soit égratignée l'omerta du racisme dans la police. Aujourd'hui, un message vocal vient d'illustrer le sexisme en son sein. Alors que le gouvernement tente de faire briller de milles feux artificiels le bilan de la Grande Cause Nationale, la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, la voix enregistrée de ce policier conspuant une jeune femme qui vient de déposer plainte, démasque ce faux bilan.</p> <p><strong>Nuit du 4 février 2022.</strong> Elle a 34 ans et décide de porter plainte dans un commissariat parisien pour agression sexuelle en état d'ivresse. Comme toute femme qui vient de subir ce traumatisme, qui plus est en situation de vulnérabilité, l'ivresse, circonstance aggravante pour l'accusé, ses propos sont peut-être confus ou imprécis. Elle éprouvre de la peur ou du dégoût à l'idée de revoir son agresseur. C'est ce que devrait savoir tout fonctionnaire de police formé, 5 ans après #MeToo, abreuvé de milles débats où nos militantes ont expliqué bénévolement, du haut de notre expertise, ce qu'est le comportement d'une victime, ce que sont les préjugés qui entachent sa parole, ce qu'est une bonne prise en charge.</p> <p>Un policier lui laisse un message vocal, raccroche mal et la couvre d'insultes. Le mot « pute », insulte qui nous a été assénée à toutes au moins une fois, en réalité des milliers de fois chacune, est répété trois fois en quelques secondes chargées de haine, d'absence totale d'empathie, de misogynie, de solidarité avec l'accusé. Le policier n'est pas seul, il est entouré de collègues qui ne le reprennent pas, ne lui reprochent pas de parler ainsi d'une plaignante, ne le contredisent pas, semblent même le rejoindre. Lui, n'a pas peur de s'exprimer de cette façon en leur présence. C'est une ambiance collective qui règne et déborde de cet enregistrement.</p> <p><strong>Il y a quelques jours,</strong> un policier soupçonné d'avoir tué sa compagne, dont le corps a été retrouvé chez lui, a disparu dans la nature. Il était déjà connu pour violences conjugales, ce qui ne lui avait valu qu'un stage de sensibilisation. Il n'avait pas été suspendu et avait pu garder l'usage de son arme, avec une simple interdiction de la garder en dehors du travail. Consigne qu'il n'a pas respecté pendant des mois. Preuve, s'il en est, qu'au sein de la police, on ne prend toujours pas au sérieux ni la parole des femmes qui dénoncent les hommes violents, ni la dangerosité de ces hommes.</p></div> Valérie Bacot : à quand le procès de l'institution judiciaire ? http://la-gauche-cactus.fr/SPIP/spip.php?article2666 http://la-gauche-cactus.fr/SPIP/spip.php?article2666 2021-08-16T07:15:00Z text/html fr Fatima Benomar <p>Accusée d'avoir assassiné son mari après avoir été de longues années victime de ses violences, viols, menaces, Valérie Bacot est sortie libre de son procès. Fatima Benomar, la cofondatrice du collectif Les Effronté.es, montre comment l'institution judiciaire, informée depuis longtemps du calvaire de cette femme, a jusqu'au dernier moment (le réquisitoire du procureur) tenté de s'exonérer de ses responsabilités.</p> - <a href="http://la-gauche-cactus.fr/SPIP/spip.php?rubrique16" rel="directory">Féminismes et Genres</a> <div class='rss_texte'><p>Valérie Bacot est libre. On espère qu'à l'orée de sa quarantième année, elle pourra enfin entamer la vie normale qu'elle n'a jamais eu. Mais la société n'est pas libre, la vérité et la justice non plus. La phrase la plus tristement révélatrice de ce procès sort de la bouche de l'Avocat général, s'adressant à l'accusée : « Dans une vie normale, si je prends un coup, je vais voir les gendarmes ». Ce sont les mots d'un système judiciaire inefficient, mais qui ne semble pas s'en émouvoir outre-mesure. Un système aveugle au patriarcat, niché dans son impensé, qui ne comprend pas ou ne veut pas comprendre ce dont on parle.</p> <p>Le continuum des violences patriarcales, viol, inceste, violences conjugales, prostitution, étalé dans la longue durée et de façon répétitive, inflige à celles qui l'endurent un état continu de terreur, d'angoisses, de malheur qui affecte lourdement leur construction psychologique. Il serait vraiment temps que l'institution judiciaire prenne en compte tout ce que produisent les travaux en victimologie concernant les phénomènes de stress post-traumatique liés au caractère cyclique des violences conjugales, qui scelle l'emprise, par la répétition des coups et des violences psychologiques, ce qui conduit entre autres certaines femmes à avoir un rapport biaisé à la temporalité. D'où le fait qu'elles peuvent se défendre contre leurs conjoints violents de manière non immédiate ni concomitante aux agressions subies, comme on le ferait face à un inconnu qui nous attaque en usant de notre légitime défense.</p> <p>Aujourd'hui, on ne peut plus faire le procès de ce bourreau, hélas tué, mais on peut faire, c'est même primordial, celui des violences institutionnelles qui ont marqué tout le parcours de Valérie Bacot depuis qu'elle était une fillette de 12 ans. Comment a-t-on pu laisser cette enfant être violée tous les jours par son beau-père ? Comment cet homme, condamné pour viols répétés sur une mineure sur laquelle il avait un ascendant et une autorité, n'a non seulement purgé qu'une peine de 4 ans, mais a surtout pu revenir vivre sous le même toit, où il a continué à violer sa victime ? Comment a-t-on pu abandonner, ensuite, une si jeune fille, enceinte de son bourreau, jetée à la rue par sa mère, sans ressources, au vu et au su des services sociaux qui connaissaient sa situation, ce qui a achevé de la pousser dans les griffes de ce même beau-père incestueux qui ira jusqu'à l'épouser et devenir son proxénète ?</p> <p>Pourquoi les gendarmes ont répondu qu'il n'y avait rien à faire, quand ses proches sont allés, deux fois, leur raconter son histoire de femme battue, prostituée par son conjoint, terrorisée ? Comment en est-on arrivé à ne lui laisser d'autres marges de manœuvre que de tuer cet homme d'un coup de revolver dans la nuque, ce qui est en soi un geste traumatique pour elle, fatal pour lui.</p> <p><i><a href="https://www.facebook.com/fatima.benomar" class='spip_url spip_out' rel='nofollow external'>https://www.facebook.com/fatima.benomar</a></i></p></div> Crop top : les hommes du gouvernement buggent http://la-gauche-cactus.fr/SPIP/spip.php?article2652 http://la-gauche-cactus.fr/SPIP/spip.php?article2652 2021-07-15T22:27:00Z text/html fr Fatima Benomar <p>Inlassable pourfendeusede tous les excès sexistes, Fatima Benomar, la cofondatrice du collectif Les Effronté.es, vitupère les propos du président de la république à propos des « crop tops », hauts découvrant éventuellement le nombril, en vogue cet été chez les jeunes filles (mais présent dans les garde-robes féminines depuis au moins 30 ans ! ndlr)</p> - <a href="http://la-gauche-cactus.fr/SPIP/spip.php?rubrique16" rel="directory">Féminismes et Genres</a> <div class='rss_texte'><p><i>« Tout ce qui vous renvoie à une identité, une volonté de choquer ou d'exister n'a pas sa place à l'école » Emmanuel Macron</i></p> <p>La canicule approche à grands pas, et c'est avec cette tirade gloubi-boulga que le Président de la République a cru bon de prévenir l'éventuel prochain mouvement des adolescentes sur la prétendue indécence de leurs tenues légères.</p> <p>Pourtant, ce ne sont pas les collégiennes ni les lycéennes qui construisent les identités. C'est le sexisme qui les distribue, hiérarchisant les femmes en catégories, celles qui "se respectent" et les autres, sur la base de leurs tenues, leurs moeurs, leur orientation sexuelle, le nombre de petits-copains qu'elles auront eu pendant une année scolaire, si des photos ou des vidéos intimes d'elles ont circulé, etc. Ce ne sont pas les collégiennes ni les lycéennes qui souhaitent choquer qui que ce soit. Elles disent, au contraire, qu'elles ne comprennent pas en quoi le port d'une jupe au-dessus des genoux ou d'un crop-top est choquant, notamment quand il fait entre 30 et 40°. Ce sont elles qui sont choquées par le traitement différencié que réservent les marges d'interprétation du Règlement intérieur à leurs camarades féminines ou masculins. Quant au fait de fustiger leur volonter d'exister, que répondre à un tel reproche ? Sinon qu'il est évidemment salutaire qu'à cet âge-là, les jeunes commencent à déchiffrer l'ordre social, à en expérimenter les injustices, à affirmer leurs idées, à exprimer leurs désaccords, à ambitionner de changer la société.</p> <p>Ni le Président de la République, ni son Ministre de l'éducation nationale Jean-Michel Blanquer ne se sont intéressé aux hashtag #Lundi14septembre et #BalanceTonBahut via lesquels des milliers de jeunes filles avaient pris à partie la société, à la rentrée 2020, pour qu'on leur explique en quoi exactement leurs épaules et leurs hanches étaient indécentes. Ni l'un ni l'autre, non plus, n'a sans doute pris la peine de lire ce qui a été publié hier via le hashtag #BalanceTonTop. Tant pis pour eux, bravo à elles ! Ces hommes, hissés à la place de pouvoir où ils sont à la force de leurs privilèges sociaux, n'ont, contrairement à elles, jamais été traités de p*** ou de s***** pour un t-shirt moulant ou un têton apparent à travers le tissu.</p> <p>Plus tard, ces jeunes femmes feront des choix, vestimentaires entre autres, en tant que citoyennes adultes vivant dans des sociétés sexistes. No bra ? No shave ? No summer body ? Se conformer aux règles pour se protéger, ou les transgresser parce qu'elles leur semblent injustes ? Elles se posent dès à présent la question et ont besoin de notre soutien pour affronter ce chemin avec le plus de forces possible. Ce chemin où nous avons été en général si seules.</p> <p>L'égalité femmes-hommes, Grande Cause Nationale du quinquennat, a défaut de moyens octroyés, n'aura même pas réussi à éveiller ne serait-ce que l'intérêt et la curiosité des hommes du gouvernement. Pourtant, ces jeunes citoyennes parlent précisément de cela, l'étayent, l'illustrent. Ils n'avaient qu'à se saisir de tous ces trésors de partages d'expériences authentiques du sexisme qui règne dans les établissements scolaires, afin de préparer un monde meilleur aux enfants de demain, par exemple l'élaboration d'un programme contre le sexisme, au lieu de ne leur réserver que des réponse répressives, infantilisantes et bâclées.</p> <p>Nous ne pouvons qu'inciter les parents, le corps professoral et les élu-es à relayer leurs initiatives, à entendre leur parole et à établir avec elles un dialogue mature, constructif et respectueux. Et remercier les jeunes qui redonnent à chaque génération du sens, du discours critique et de la remise en question du monde tel qu'il fonctionne aujourd'hui.</p> <p><i><a href="https://www.facebook.com/fatima.benomar" class='spip_url spip_out' rel='nofollow external'>https://www.facebook.com/fatima.benomar</a></i></p></div> Définir le consentement ? http://la-gauche-cactus.fr/SPIP/spip.php?article2646 http://la-gauche-cactus.fr/SPIP/spip.php?article2646 2021-06-11T20:43:00Z text/html fr Saûl Karsz <p>En complément d'un précédent article (voir notre numéro précédent et notre site), Saül Karsz revient sur la notion de consentement, difficile à cerner tant ses formes sont multiples.</p> - <a href="http://la-gauche-cactus.fr/SPIP/spip.php?rubrique16" rel="directory">Féminismes et Genres</a> <div class='rss_texte'><p>Retour à la question du consentement. L'affaire, en effet, ne va aucunement de soi, ni dans ses déclinaisons nécessairement multiples, ni dans les témoignages disparates censés l'illustrer, ni enfin dans les commentaires qu'elle inspire. Y retourner est une tentative de mise au clair – de définition. Celle-ci est impossible sans opter pour l'un des deux statuts de ladite définition : statique ou dynamique ?</p> <p>La définition est statique quand on cherche à identifier la substantifique moelle du consentement, ce qui le caractérise en propre et permet de distinguer le faux du vrai consentement, celui arraché sous la contrainte, la séduction, la manipulation ou qui au contraire rayonne librement grâce à la volonté autonome des sujets respectés dans leurs désirs et dans leurs droits. Il s'agit ici d'appréhender le noyau dur du consentement, son socle fondateur. Définir veut dire immobiliser pour toujours. Vaste projet qu'on retrouve dans toutes sortes de discours. Ceux-ci fonctionnent au consensus, soit aux malentendus partagés et aux sous-entendus supposément universels. Rien de plus évident tant qu'on ne s'avise pas de réclamer de la rigueur conceptuelle et de la pertinence opérationnelle. Poser la question du pourquoi porte atteinte au moralisme ambiant.</p> <p>La définition est dynamique quand on cherche à repérer sa constitution composite, les multiples tendances pas toujours convergentes qui la parcourent, les équilibres et les déséquilibres qui la font exister. Le consentement ne relève pas de l'imposition – qu'il est cependant loin d'exclure complètement. Il résulte bien de la décision d'un sujet – qui ne maitrise pas pour autant les tenants et aboutissements de sa décision. Le consentement n'est pas une chose mais un processus en ébullition plus ou moins prononcée. Impossible sans paradoxes, sans conflits, sans avancées et sans revers. Ce n'est pas sa pseudo-essence qu'il s'agit de guetter mais ses transformations dans le temps et dans l'espace, les acquiescements et les refus dont il est également et indissociablement constitué. On consent quand – et aussi longtemps que - le « oui » l'emporte tendanciellement sur le « non ». Les interventions en la matière gagnent en pertinence dans la mesure où elles s'adonnent moins à un objet imaginaire (Le Consentement) pour prendre davantage en compte l'indépassable complexité des consentements. <i>Paru dans <a href="http://www.pratiques-sociales.org/" class='spip_url spip_out' rel='nofollow external'>www.pratiques-sociales.org</a></i></p></div> ConsentementS http://la-gauche-cactus.fr/SPIP/spip.php?article2626 http://la-gauche-cactus.fr/SPIP/spip.php?article2626 2021-05-14T15:13:00Z text/html fr Saûl Karsz <p>Plusieurs affaires de relations sexuelles entre des adultes et des enfants ont donné à maint débats sur la notion de consentement. Saül Karsz nous propose une analyse dépassionnée et claire sur un sujet qui nourrit bien des controverses.</p> - <a href="http://la-gauche-cactus.fr/SPIP/spip.php?rubrique16" rel="directory">Féminismes et Genres</a> <div class='rss_texte'><p>Certains vocables provoquent des mobilisations, controverses, prises de position, exaltations à foison. C'est le cas, actuellement, du « consentement » - justement parce que ce n'est pas simplement un vocable parmi d'autres mais le porte-parole de dimensions stratégiques de l'existence individuelle et collective : sexuelle, morale, juridique, politique, institutionnelle… Si le consentement en matière sexuelle concerne un des domaines les plus intimes des sujets humains, cette intimité n'est pas à l'abri des législations (à partir de quel âge le consentement est-il recevable ?) ni des positionnements moraux et doctrinaires (à quelles conditions doit satisfaire un consentement ?). La justice dit-elle quelque chose en matière de jouissance autorisée ou interdite ? Comment la psychanalyse argumente-t-elle ce qu'il en est du consentement ? Bref, la capacité mobilisatrice de ce vocable lui vient des traversées multiples qu'il met en branle.</p> <p>En effet, aucune de ces dimensions n'est traitée ni traitable sans convoquer les interdépendances qui la relient à d'autres dimensions, leurs articulations incessantes, leurs effets réciproques. Ces va-et-vient intersectoriels constituent une situation de fait, inscrite dans le traitement de chaque dimension, quel que soit l'abordage particulier qu'on lui réserve. Là réside l'impact contemporain de la notion de consentement.</p> <p>Mais, faut-il en parler au singulier ou bien au pluriel ? Car ce ne sont pas seulement des expériences diverses et variées et des champs disciplinaires hétérogènes qui sont sollicités. C'est la notion qui, elle, suscite des caractérisations sinon des définitions tantôt opposées, tantôt parallèles. Chaque fois, les sous-entendus et les visées diffèrent, les argumentations suivent des orientations qui ont peu ou rien en commun. Leurs recoupements n'aboutissent pas à des unifications, moins encore à des fusions. Sous l'appellation « consentement » on ne retrouve pas un objet unique.</p> <p>Le pluriel a l'avantage de rappeler que chaque abord, toujours particulier, reste inévitablement incomplet, obligatoirement connecté à d'autres, manifestes ou implicites, reconnus ou déniés. Les singularités ne cessent de s'en nourrir. Ce statut, le consentement le partage avec moult autres notions qui fonctionnent, elles aussi, comme des composites conjoncturels, des solutions de compromis plus ou moins bancales, plus ou moins réussies - quoiqu'il en soit, périssables, modifiables, remplaçables. L'admettre encouragerait des débats probablement toujours passionnants mais sans doute moins passionnels, moins péremptoires. Davantage pensés, davantage opérationnels.</p> <p><strong> <i>Paru dans <a href="http://www.pratiques-sociales.org/" class='spip_url spip_out' rel='nofollow external'>www.pratiques-sociales.org</a></i> </strong></p></div> Féminicides : stop com http://la-gauche-cactus.fr/SPIP/spip.php?article2625 http://la-gauche-cactus.fr/SPIP/spip.php?article2625 2021-05-14T15:11:00Z text/html fr Fatima Benomar <p>Co-fondatrice du Collectif Les effronté.es, Fatima Benomar, à partir du constat qu'il ne se passe guère de semaine sans qu'une femme soit assassinée, dénonce la faiblesse des moyens mis en place pour endiguer cette triste calamité, que quelques discours martiaux ou compassionnels ne suffisent pas à masquer. Elle indique quelques unes des mesures à mettre en place, parfois annoncées, rarement suivies d'effets.</p> - <a href="http://la-gauche-cactus.fr/SPIP/spip.php?rubrique16" rel="directory">Féminismes et Genres</a> <div class='rss_texte'><p>Le 39ème féminicide de l'année commis le 4 mai à Mérignac aurait pu être évité. Brûlée vive par son mari qui venait d'être condamné pour violences conjugales et libéré sans qu'on daigne la prévenir ou organiser sa protection, Chahinez, 31 ans, voulait vivre et avait tout fait pour défendre son droit à l'existence. Mais les habituels dysfonctionnements judiciaires ont eu raison de sa combativité.</p> <p>Nous oscillons depuis plusieurs décennies entre les chiffres d'une femme qui meurt tous les 2,5 jours, ou tous les 3,5 jours, quels que soient les gouvernements qui se succèdent. L'Inspection Générale de la Justice évoque dans son rapport d'octobre 2019 « de véritables dysfonctionnements en matière de suivi des auteurs de violences et de protection des victimes = ». 41% des victimes de féminicides avaient dénoncé des violences antérieures.</p> <p>Le suivi des hommes violents après leur incarcération est également un sujet primordial, afin qu'ils arrivent à dépasser les schémas machistes qu'ils ont intégrés et le rapport d'appropriation qu'ils développent envers leurs compagnes. La prison étant en soi un environnement pathogène, les peines peuvent ne faire qu'aggraver ce rapport à la violence si elles ne sont pas assorties d'un travail de fond, comme l'a plusieurs fois plaidé le Magistrat Luc Frémiot. Les forces de l'ordre doivent aussi déconstruire les idées reçues qui les amènent à jeter le discrédit sur les victimes de violences conjugales, à ne pas prendre au sérieux les menaces qu'elles reçoivent, sous prétexte qu'elles n'ont pas l'attitude ou les éléments de langage qu'ils attendent d'elles.</p> <p>Sans oublier les faibles moyens financiers alloués à la cause comme le dénoncent les associations qui réclament un milliard d'euros, soit un budget calqué sur ce qui se fait en Espagne, un des meilleurs modèles en la matière. Pendant le premier confinement, en pleine explosion des violences conjugales, le gouvernement qui mettait des milliards sur la table au nom du quoi qu'il en coûte dans de nombreux secteurs, s'est entêté à refuser de nous entendre concernant ce qui est censé être la grande cause nationale. Les signalements pour violences sexuelles ou sexistes ont aussi augmenté de 60% durant le deuxième confinement.</p> <p>Nous avons aussi assisté à une répugnante récupération raciste de ce féminicide de la part de plusieurs personnalités de droite et d'extrême-droite. Lydia Guirous, Valeurs Actuelles ou encore William Goldnadel ont voulu mettre en exergue un lien entre féminicides et immigration sous prétexte que l'assassin avait un patronyme arabe. Certains ont fustigé le prétendu "silence des féministes". Depuis, les a-t-on entendu, eux ?</p> <p>Trois autres femmes ont été tuées par leurs compagnons. Jeudi 6 mai à Forges-de-Lanouée, une sexagénaire a été abattue par son conjoint qui s'est ensuite suicidé, laissant une lettre confirmant le meurtre et évoquant une affaire d'agressions sexuelles sur mineur de moins de 15 ans dont il avait reconnu les faits. Mardi 11 mai à Reims, on a retrouvé le corps de Coralie, trentenaire tuée à l'arme blanche par son conjoint Vincent Philippon. Son entourage nous apprend qu'elle avait décidé de rompre, et qu'elle le lui avait annoncé le soir où il l'a tuée. Dimanche 9 mai à Longpré-lès-Amiens, Claire, 34 ans, mère de 2 enfants, a été poignardée à mort par son compagnon Gwénaël Welsch, déjà connu des forces de l'ordre, qui étaient intervenues en 2020 à son domicile alors qu'il possédait une arme. Aucune de ces affaires ne montre un quelconque lien entre immigration et féminicides. On entrevoit, en revanche, ce que les féministes ont mille fois pris la peine d'analyser. Désir misogyne d'empêcher une femme de faire le choix de partir. Continuum des violences sexuelles, pédocriminelles et sexistes. Dysfonctionnements judiciaires. Patriarcat culturel et institutionnel.</p></div> Violences faites aux femmes : une Grande Cause Nationale du quinquennat sans caractère de gravité ? http://la-gauche-cactus.fr/SPIP/spip.php?article2573 http://la-gauche-cactus.fr/SPIP/spip.php?article2573 2020-12-29T15:36:00Z text/html fr Fatima Benomar <p>Entre les grands discours présidentiels(et pour ce sujet, les numéros de com' de madame Schiappa) et la réalité, Fatima Benomar, cofondatrice du collectif Les Effronté-es nous montre qu'à ce sujet, comme hélas dans bien d'autres, un gouffre. Les discours enfument, et des femmes continuent à subir.</p> - <a href="http://la-gauche-cactus.fr/SPIP/spip.php?rubrique16" rel="directory">Féminismes et Genres</a> <div class='rss_texte'><p>Il y a quelques jours, Marlène Schiappa dénigrait publiquement le caractère grave des violences faites aux femmes. Commentant son passage du portefeuille égalité femmes-hommes à celui de la Citoyenneté, elle confiait au journal Le Monde : "Mon quotidien ici n'a rien à voir avec l'égalité. Ici on s'apprête à rentrer à la maison et on reçoit un texto : un homme a été décapité. On est confronté à des choses tragiques en permanences. Pardon de le dire comme ça, mais on est davantage dans la gravité, dans des choses graves."</p> <p>Le 9 février 2019, Les Effronté-es lui adressaient pourtant l'inventaire lugubre des 20 femmes tuées depuis le début de l'année en seulement 40 jours, soit une femme tous les deux jours : 9 abattues par arme à feu, 3 tuées à coups de couteau, 3 étranglées, 3 battues à mort, une brûlée vive et une défenestrée. Cela en fait, des textos macabres.</p> <p>La semaine dernière, la France et le gouvernement s'émouvaient du sort des 3 gendarmes dont la vie a été fauchée en voulant sauver in extremis l'ex-épouse de Frédérik Limol, qui voulait la tuer. Ils ont perdu la vie parce que c'était trop tard, à cause d'une chaine de négligence dramatiquement habituelle dans ce genre d'affaires, que nous ne cessons de dénoncer. Sans surprise pour nous, la victime a déclaré aujourd'hui avoir donné "des dizaines d'alertes" sur cet ex-mari à la police, aux gendarmes, à l'aide à l'enfance : Violences, achat d'armes, intimidations, menaces de mort après leur séparation, conflit autour de la garde de leur fillette. En vain. Ses mots résument l'impuissance politique organisée autour d'elle : "J'ai même écrit à Marlène Schiappa" et "On m'a dit à chaque fois qu'il allait certainement se calmer."</p> <p>Des propos coupables. Il ne s'est pas calmé. Il a tué trois innocents. Ce scénario classique, les journalistes ont dû les lire des dizaines de fois via nos communiqués avant et après l'élection de M. Macron qui en a fait sa Grande Cause Nationale, avant et après le Grenelle.</p> <p>L'année dernière, deux enquêtes du Monde dédiées aux dysfonctionnements dans les commissariats et dans l'institution judiciaire nous apprenaient qu'en 2018, une victime de féminicide sur 3 avait porté plainte ou déposé une main courante. Une étude du parquet général d'Aix-en-Provence nous apprenait qu'une plainte sur 4 avait été classée sans suite. Une enquête de l'Inspection Générale de la Justice nous apprenait que sur 88 cas analysés, la durée moyenne de l'instruction était de 17 mois, que dans 41% des cas, la victime avait porté plainte ou déposé une main courante, qu'une seule ordonnance de protection avait été délivrée, que 80% des plaintes ont été classées sans suite.</p> <p>En France, fin 2020, on délivre toujours trop peu et trop lentement les ordonnances de protection et les Téléphones Grand Danger, on met trop de temps à détecter et à prendre en charge les victimes menacées de mort, on ne les croit pas, on ne les prend pas au sérieux malgré le Grenelle et la formation annoncée des professionnels. Le budget dédié à la lutte contre les violences faites aux femmes n'a pas augmenté. Notre demande d'un milliard est toujours ignorée, alors même que dans le contexte de crise sanitaire actuel, les milliards sont débloqués dans plein de portefeuilles. Pas dans le nôtre. Pourquoi ?</p></div> Providentielles http://la-gauche-cactus.fr/SPIP/spip.php?article2522 http://la-gauche-cactus.fr/SPIP/spip.php?article2522 2020-08-13T21:55:47Z text/html fr Fatima Benomar <p>Nous aimons bien le collectif Les Effronté.es. Féministe, oui, mais ouvert à tout le monde. Féministe, certes, mais prenant soin de relier entre elles les luttes émancipatrices. Co-fondatrice du collectif Fatima Benomar souligne le rôle joué par les femmes pour lutter contre la pandémie et plus généralement assurer les services à la personne pendant le confinement. Au-delà des discours émus, des médailles en chocolat, des maigres pourboires consentis par l'état et quelques entreprises, cela a-t-il changé la considération dont devraient bénéficier ces « héroïnes » d'un jour, vite ramenées, confinement terminé, à leurs conditions initiales, avec des « jours d'après » ressemblant furieusement aux jours d'avant.</p> - <a href="http://la-gauche-cactus.fr/SPIP/spip.php?rubrique16" rel="directory">Féminismes et Genres</a> <div class='rss_texte'><p>Elles ont dû travailler en pleine période de confinement, dans le milieu hospitalier, les Ehpad, les commerces alimentaires, infirmières, aides à domicile, auxiliaires de vie, caissières, vendeuses, personnel de nettoyage des immeubles, des hypermarchés... avec quelles protections ? Envoyées à la guerre sans armes. Devant se déplacer dans des transports réduits, sans droit au retard. On s'empresse d'en faire des héroïnes symboliques pour éluder d'y voir des travailleuses privées de réelle sécurité économique.</p> <p>C'est pourtant sur elles que l'Etat providence s'est reposé pour rendre possible la parenthèse du confinement. Le risque est aujourd'hui évident que rien ne change, mis à part quelques primes exceptionnelles accordées au personnel soignant et au personnel des Ehpad pour solder les comptes de la reconnaissance nationale.</p> <p>Quid d'une reconnaissance profonde et pérenne de celles qui sont en charge des soins aux personnes âgées, de l'aide à domicile, du nettoyage ? Comment réparer l'injustice qui leur est faite, qui les maintient dans la pauvreté ? Quid des millions de femmes cantonnées dans les emplois informels qui s'occupent de nos enfants ou font le ménage chez nous via des agences, ou pas ?</p> <p>Nous n'avons pu marcher ce premier mai (ça fait quelques années que nous sommes d'ailleurs empêché-es de manifester normalement le 1er mai) dans un contexte de pandémie qui a quelque part parlé pour le camp des travailleur-ses. La division sexuelle et raciste du travail a enfin crevé les yeux de ceux qui ne voulaient pas la voir. Dans le monde, des milliers de travailleuses domestiques ont été licenciées sans compensation. Au foyer, le patriarcat s'est déchargé sur les femmes des tâches domestiques pour lesquelles il n'y a ni rémunération ni limite horaire.</p> <p>La vérité est que le gouvernement n'a pas intérêt à reconnaître ces métiers où le droit du travail est le plus faible ou le plus bafoué, car les visibiliser, reconnaitre leur pénibilité, admettre leur utilité, les valoriser, c'est devoir mettre la main à la poche et légiférer pour que ces travailleuses ne soient plus soumises au temps partiel imposé, aux petits salaires, aux réformes de "flexibilité" que dénoncent leurs grèves dures et longues, ignorées en piquets, réprimées en manifestation, pour obtenir des contrats stables : loi Macron de 2015, loi El Khomri de 2016, ordonnances Macron en 2017, politiques d'austérité qui diminuent les dépenses de l'État qui les emploie dans les collectivités territoriales, les renvoyant aux affres de la sous-traitance dans des entreprises privées peu scrupuleuses de leur bien-être au travail.</p> <p>Les médailles, les hommages, les primes exceptionnelles, les applaudissements ne suffiront pas à contrecarrer la loi de la jungle qui sévit dans la grande distribution ou dans le secteur du nettoyage. Seule l'augmentation immédiate de leurs salaires et l'amélioration de leurs conditions de travail pourra reconnaitre ce travail qu'on a trouvé si nécessaire et utile à tou-tes.</p> <p>Les reconnaitre, c'est aussi les entendre. Comment ignorer l'omniprésence des invités et experts masculins sur tous les plateaux, matinales et Unes qui ont défilé pendant le confinement, ne donnant tribune qu'à une partie des porte-parolats de la société ? La crise sanitaire n'a pas été commentée du point de vue de celles et ceux qui l'ont le plus subi. On nous a privé.es de ces récits, de ces points de vue, de ces pistes de solution dans les débats aux heures de grande écoute, alors qu'elles ont tant à dire sur les sujets sanitaires et les questions économiques. Sans oublier que les médias jouent un rôle indéniable de légitimation d'une parole, de reconnaissance, voire de propulsion de carrière et d'opportunités offertes</p></div> https://www.traditionrolex.com/18 https://www.traditionrolex.com/18